Décryptages...

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Bruxelles exige la privatisation de la SNCF...

 

 

    

Déraillement en Allemagne : la  route aux privatisations a rendu les trains moins sûrs…

David Crossland, 2007,  correspondant du journal «Der Spiegel »

 

Les grandes manœuvres ont commencé…

 

16 décembre 2011:  "SNCF : Etes-vous favorables à l’ouverture à la concurrence du trafic voyageurs ? »

 

 

      C’est sous ce titre accrocheur que Le Figaro interpellait  le 16 décembre 2011 ses lecteurs.

 Résultats : sur 33 170 « votants »,    OUI : 75,84 %     NON : 24 ,16%        594 réactions

 

      En matière d’intox il est difficile de faire mieux ; ce « vote » qui voudrait se faire passer pour un sondage effectué dans les normes (pas toujours exemptes de « particularités » d’ailleurs) n’est en effet aucunement représentatif de la population française puisqu’il ne s’adresse qu’aux lecteurs …du Figaro !

 

Déjà, le 31 mai 2010, la Commission Européenne avait exigé de Paris la privatisation de la SNCF en transformant le statut d'EPIC en celui de société anonyme. Selon les commissaires européens, la garantie de l'État sur l'entreprise publique fausserait le jeu de la concurrence. Le 11 février 2010, Bruxelles avait adressé un courrier en ce sens à Paris.

 

 

      Mais  d’abord un bref rappel :

      L'histoire de la SNCF commence le 1er janvier 1938, date de l'entrée en vigueur de la convention du 31 août 1937 portant création de la SNCF  sous la forme d'une société anonyme d'économie mixte dont l'État possède 51 % du capital.

1er janvier 1983 : transformation de la SNCF en EPIC (Etablissement public Industriel et Commercial), organisme public  avec personnalité morale et financière, chargé de gérer un service dans le but de l’intérêt général. Il doit rechercher l’équilibre entre ses recettes et ses dépenses et assurer des missions de service public. En échange de ces dernières (transport de la vie quotidienne) qui ont un coût, la SNCF reçoit une compensation financière de l’Etat et des aides des Collectivités Locales.

15 février 1997 : création de Réseau ferré de France (RFF).La SNCF se trouve débarrassée du fardeau de financement de ses infrastructures et peut se consacrer exclusivement à ses objectifs d’entreprise publique servir le client aux meilleures conditions de prix et de qualité et assurer la meilleure gestion de l’infrastructure.

RFF : choix et financement des investissements, financement du compte de gestion de l’infrastructure, perception des redevances. RFF se substitue à l’Etat pour rémunérer la Sncf de sa mission de gestion de l’infrastructure non plus sur la base d’une contribution déconnectée de la prestation fournie mais dans le cadre d’une convention liant prestations et rémunérations.

 

Quelques réactions de certains lecteurs du Figaro : (parmi les 594)

 

fred perrot

La concurrence n'a jamais profité aux usagers, ni en terme de service, ni en terme de tarifs
croyez vous que cette concurrence assurera l'ensemble des dessertes actuelles ? Croyez vous que les gares accueilleront les usagers et les prendront en charge lorsde situations perturbées ?
Pensez vous que les tarifs sociaux, famille nombreuses, demandeurs d'emplois etc.... seront assurés ?
L'ensemble du territoire est couvert par le maillage ferroviaire exploité par le service public SNCF, demain Mesdames et Messieurs, les détracteurs et fossoyeurs  des services publics feront que, vos trajets seront dégradés, et vos conditions de transports en toute sécurité remises en causes. Mais cela a déjà commencé, les changements d'horaires qui vous sont imposés et qui, légitimement, vous ont fait réagir sont un premier pas, l'abandon de desserte de gare ou la limitation de vitesse suite au non entretien des voies en est une autre. Les syndicalistes si décriés font pourtant front pour défendre votre service public aux côtés des élus et politiques de tous bords.

 

ngou

J'ai répondu "Non" à la concurrence pour le trafic voyageurs. L'exemple britannique m'a montré que cette ouverture, voulue par Bruxelles pour favoriser les grandes entreprises qui crèvent de ne pouvoir étendre leur mainmise sur le secteur, engendre plus de problèmes que de progrès.
La SNCF était l'exemple à suivre en matière de qualité des services, de ponctualité et surtout de sécurité. Les restrictions budgétaires ont mis à mal ces points forts de l'entreprise. Cependant, je trouve que nous avons toujours un des meilleurs réseaux de transport par fer d'Europe. La concurrence n'a rien apporté à La Poste mais, pour lutter contre la dite concurrence elle est obligée de limiter ses services et n'est plus ce service public que nous aimions. La concurrence, dans le domaine de l'électricité, ne nous a apporté que des entreprises qui ne produisent aucune énergie et détournent, pour gratifier leurs actionnaires, une partie des rentrées d'argent qui auraient pu être réinvestis par l'entreprise nationale. Idem pour GDF qui augmente ses tarifs et, en même temps, distribue 1,6 Milliards d'€ (en 2008) de dividendes annuels aux actionnaires de Suez, alors que cet argent serait bien utile pour moderniser notre réseau.
Revenons, n'en déplaise aux Euro béats, à un vrai service public qui n'abandonne jamais ceux qui sont les plus vulnérables.

 

jeffdark

Il faut arrêter de croire que la SNCF coûte aux contribuables : au titre de 2011, la SNCF a versé à son actionnaire majoritaire (l'état) plusieurs millions d'euros.
Combien a reçus la SNCF de l'état en 2011?????? Ben 0 euros.
Aucun investissement dans le ferroviaire ainsi que dans le fluvial mais beaucoup dans le transport routier, ben oui, plus il y a de camions, plus l'état empoche de taxes sur les carburants et plus les prix augmentent à la pompe grâce à l’effet de l’offre et de la demande.
Qui est le boulet ?

 

Serguei Chostacowitch

En GB c'est le privé et il n'y a plus aucun entretien ....mais avant que le Français lobotomisé ne commence à comprendre......Depuis que les autoroutes sont passées au privé les prix ne cessent de baisser ! Depuis que l'entretien des centrales nucléaires est traité par le privé : elles sont de plus en plus sûres !...La France va perdre sont AAA mais va gagner son ÂÂÂ (âne).Le passage au "privé" mais surtout au "privé de tout", même de la petite lueur au fond du cerveau.

 

Jean Claude Crincket

L'ouverture "à la concurrence" dans le domaine ferroviaire est un mensonge pur et simple, il ne faut pas 2 secondes de réflexion pour s'en rendre compte.

Car vous faites comment,en tant que client pour "choisir" un prestataire sur un réseau ferré? Vous lui demandez de rouler en dehors des rails ? Si vous trouvez que Paris-Bordeaux est trop cher ou tout le temps en retard, vous prenez un Paris-Lyon + Lyon-Bordeaux ?

Au mieux, il pourrait y avoir plusieurs prestataires sur une ligne (mais en réalité, ça n'est JAMAIS le cas), et donc, si on veut le meilleur tarif, il faudrait choisir ses horaires/ses jours en fonction du prestataire. Vachement pratique, dites donc. Et comme je l'ai déjà dit, en réalité, ça n'est JAMAIS le cas parce que c'est bcp trop compliqué à gérer: il faudrait que les compagnies se mettent d'accord sur les horaires sur une ligne donnée (sachant qu'il y a des horaires plus rentables que d'autres), et cela signifierait que deux compagnies directement concurrentes devraient collaborer pour respecter les horaires de l'autre. En cas de retard d'un train d'une compagnie, l'autre serait directement affectée. Pour harmoniser leurs tarifs sur une ligne, on imagine très facilement des ententes illégales, etc., etc.

Bref, en cas de privatisation des opérateurs du réseau ferré, il n'y aura PAS DE CHOIX. Chaque opérateur est affecté à des lignes particulières et la gère comme bon lui semble et applique les tarifs qu'il souhaite. Il n'y a donc AUCUNE CONCURRENCE POSSIBLE, et ça donne des tarifs en moyenne doublés comme en Grande-Bretagne. C'est donc le pire des deux mondes.

 

efbe

La SNCF déficitaire ?... En réalité, le gouvernement décide si la SNCF sera déficitaire ou bénéficiaire. Pourquoi ?
L'organisation de Réseau Ferré de France (RFF) et de la SNCF est une usine à gaz:
- Réseau Ferré de France a été créé en 1997 pour permettre l'ouverture à la concurrence conformément aux principes européens. RFF est chargé de l'entretien, du développement, de la cohérence et de la mise en valeur du réseau ferré national. RFF est surendetté: environ 30 milliards (une dette qui n'apparaît pas dans les comptes de l'Etat). Schématiquement, l'Etat entretient et construit des voies ferrées, comme l'Etat entretient et construit des routes. Sauf que RFF est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC). RFF ressemble à réseau d'autoroutes à péages géré par l'Etat.
- La SNCF est client de RFF et paie une redevance d'usage à RFF.
RFF est chargé de l'entretien du réseau et de la gestion des circulations, mais RFF est obligé de faire appel à la SNCF pour ces fonctions. RFF n'a pas le droit de remplir ces missions elle-même ou de faire appel à une autre entreprise que la SNCF.
Conclusion: le gouvernement décide du solde des échanges financiers entre RFF et SNCF (redevances d'usage de la SNCF vers RFF, rémunération des services rendus par la SNCF à RFF), qu'il peut moduler soit pour accroître le bénéfice de la SNCF, soit créer des déficits pour augmenter la pression sur la SNCF pour la pousser vers plus de rentabilité et compétitivité.

 

                                        

//news.bbc.co.uk/2/hi/talking_point/1675384.stm

Thursday, 17 January, 2002,18:04 GMT

Is UK transport the worst in Europe?

 

"The UK's railways are the worst in Europe", a government minister has admitted.

Europe Minister Peter Hain said the government had invested in theUK's transport system "far too late", and improving the railways was an "intractable problem".

 

Journal télévisé BBC ; Mardi17/01/2002

Le transport ferroviaire au Royaume Uni est-il le pire d’Europe?

 

"Les chemins de fer britanniques sont les pires d’Europe" a reconnu un ministre du gouvernement. Le ministre européen Peter Hain a déclaré que le gouvernement avait investi dans le système de transport britannique « beaucoup trop tard », et que l’amélioration des chemins de fer était devenu « un problème inextricable ».

 

 

Voici maintenant une chronique de David Crossland, correspondant du journal allemand «Der Spiegel » en date du  07/04/2007 :

//www.spiegel.de/international/germany/0,1518,496257,00.html

 

 

Letter From Berlin

 Why German Trains No Longer Run on Time...

By David Crossland in Berlin

“After 15 years of anguished debate, the German government decided on Tuesday to privatize its rail system. Passengers fear the sale will cause a deterioration in service. Frequent delays have already eroded the country's proud reputation for punctual trains.”

 

 

Article de Berlin

 

Pourquoi les trains allemands ne circulent plus à l'heure...

 

Par David Crossland à Berlin

 

 

« Après 15 années de débats tendus, le gouvernement allemand  a décidé mardi de privatiser ses chemins de fer. Les usagers craignent que la privatisation cause une détérioration du service. Des retards fréquents ont déjà entamé la fierté du pays pour la ponctualité de ses trains ».

 

 

Et pour faire bonne mesure, cette dépêche AFP de ce 21/12/2011:

 

 

//www.lemonde.fr/voyage-france/article/2011/12/21/la-sncf-va-verser-un-dividende-record-a-l-etat_1620952_1616699.html

  

 

Au cours de ces cinq dernières années, la SNCF aura versé plus de 600 millions d'euros à l'Etat.

 

AP- CLAUDE PARIS 

 

230 millions d'euros, tel est le dividende que devrait verser la SNCF à l'Etat. Le quotidien Les Echos de mercredi publie des informations exclusives sur le projet de budget 2012 de la SNCF qui sera examiné demain par le conseil d'administration de l'entreprise. "Un record depuis l'instauration de cette pratique sur l'exercice 2007", explique le quotidien qui rappelle que ce dividende versé depuis quatre années par la SNCF à l'Etat équivaut à 30 % du résultat net récurrent de l'entreprise, hors résultats exceptionnels.

 

LES COMPTES DE LA SNCF "DANS LE VERT"

 

L'an passé, la SNCF a versé un dividende de 69 millions d'euros contre 131 millions d'euros en 2007. Au total, la SNCF aura versé plus de 600 millions d'euros à l'Etat sur les cinq dernières années. Interrogée mardi soir, la SNCF indiquait que le projet de budget 2012 se refusait à tout commentaire avant la réunion du conseil d'administration prévue jeudi. Début décembre, le PDG du groupe ferroviaire public, Guillaume Pepy, avait indiqué que la SNCF sera "dans le vert de façon significative" et avait souligné que cela lui permettra de verser un dividende à l'Etat mais également aux salariés.

 

Alors, la privatisation de la SNCF, pour ou contre ?

 

 

Il semble malheureusement que cette question ne soit plus d’actualité malgré les réticences de nombreux usagers.

 

 Bruxelles décide désormais pour nous…



21/12/2011
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